Exposition orbites 2019 - miguel chevalier 

orbites 2019
 
L'heure de la rentrée a sonné : bye bye les vacances, le soleil, la slow life... Pour vous mettre du baume au coeur, nous avons invité l'un des pionniers de l'art digital à réinventer l'atrium de Beaugrenelle. Guess who ? On vous dit tout ! 
 
A partir du 12 septembre et pour 2 mois, Miguel Chevalier prend possession de Beaugrenelle avec deux oeuvres digitales uniques.  Spécialement conçue pour Beaugrenelle, Orbites 2019 est une exposition innovante sur la lumière et le temps.
 
La pièce centrale de plus de 14 mètres de haut est au coeur de l'atrium en lieu et place du Grand Mobile de Xavier Veilhan. 7000 LEDS pilotées par un logiciel auto-génératif animent ses ellipses, faisant écho à l'atrium et à la verrière à travers mille et une chorégraphies lumineuses. 
 
Cette rencontre entre la lumière et la forme donne vie à une oeuvre évolutive qui révolutionne le temps et l'espace : elle n'est jamais la même, comme les journées à Beaugrenelle qui se ressemblent sans pour autant se répéter. 
 
La deuxième oeuvre, intitulée "Table des Convivialités", invite les visiteurs à participer à la déstructuration d'un tableau digital en passant leurs mains dessus. Une oeuvre participative qui donne plus que jamais sens aux propos de Marcel Duchamp "ce sont les regardeurs qui font le tableau".   
 
Lors de votre prochaine visite à Beaugrenelle, ouvrez grands vos yeux et laissez-vous surprendre... chaque seconde d'observation est unique ! 

rEncontre avec l'artiste

Miguel Chevalier répond à 5 questions de Jérôme Neutres, commissaire d'exposition.

 

J.N. : Orbites 2019 est une réponse à une commande spéciale de Beaugrenelle dans la série de ses invitations d’artistes : qu’est-ce qui vous a motivé dans cette commande ?

 

M.C. : ce qui m’a motivé dans cette commande, c’est le défi de créer une œuvre à l’échelle de l'atrium, en dialogue avec l'architecture.

Devant être visible aussi bien de jour que de nuit, j'ai vu l'opportunité de poursuivre mes recherches sur la technologie des leds que j'utilise, afin de créer pour la première fois une œuvre tridimensionnelle monumentale.

 

J.N. : dans cette exposition Orbites 2019, vous présentez deux œuvres ; une sculpture lumineuse géante suspendue dans l'atrium et “La Table des Convivialités” au niveau -1. Qu’avez-vous souhaité montrer à travers ces deux installations originales inédites dans votre travail ?

 

M.C. : ces 2 installations sont complémentaires. Orbites 2019 est une oeuvre en dynamique qui s’impose par sa taille. Cette sculpture-installation se compose de 9 anneaux lumineux de 1,50 à 3 mètres, fixés les uns aux autres en cascade. Différentes chorégraphies lumineuses colorées sont générées en temps réel donnant vie à ces 9 anneaux. La lumière court sur la forme circulaire, transformant sans cesse son volume.

 

“La Table des Convivialités” est une œuvre de plus petit format. C'est une installation numérique générative et interactive qui mêle réel et virtuel. Le plateau de bois d'une table de 5x3,50 mètres, devient le support d'un univers virtuel projeté qui évolue en temps réel. Pixels, réseaux de lignes, maillages, courbes en couleur ou noir et blanc interagissent avec les visiteurs qui caressent la table de leurs mains. Leurs mouvements désorganisent l'ordre apparent des différentes trames superposées. Le côté ludique et interactif de cette installation en fait son originalité.

 

J.N. : vous êtes l’un des pionniers de l’art dit numérique. Rappelez-nous en quelques mots comment vous est venue cette vocation d’explorer un nouveau medium de l’art dans les années 1980.

 

M.C. : fin des années 70, lors de mes études aux Beaux-Arts de Paris, je m'intéressais à différents artistes qui ont marqué les années 60 et 70, comme Yves Klein et Lucio Fontana qui constituaient pour moi deux formes d’absolu pictural. Je m’intéressais également aux rayogrammes de Man Ray qui a montré que la photographie était un medium artistique en soi, tout comme la vidéo avec l'œuvre du Sud-Coréen Nam June Paik. Je ne voyais pas comment aller au-delà de toutes ces avant-gardes, de toutes ces « déconstructions » et négations du champ de l’art et de la peinture.

Au début des années 1980, l’informatique était de plus en plus présent dans les médias et l’on commençait à parler de la société de l’information. C’est ce territoire encore vierge, non exploré par la création artistique contemporaine, que j’ai souhaité approfondir.

 

A cette époque il n’existait pas d’enseignement en école d'art de l’outil informatique. Seuls les laboratoires scientifiques ou les chaînes de télévision avaient accès à ces outils informatiques. Il était quasiment impossible d’avoir accès à des ordinateurs pour créer des œuvres artistiques. L’informatique grand public n’existait tout simplement pas. Je ne pouvais réaliser que des œuvres fixes ou animées en 2D sur des supports photographiques ou enregistrer mon travail sur des bandes magnétiques. L’apparition de la micro-informatique à la fin des années 1980 m’a permis petit à petit de disposer chez moi de mon propre matériel et de créer ainsi de manière autonome des programmes simples. En dépit de ce caractère artisanal et rudimentaire, les possibilités de l'outil informatique me semblaient illimitées. Les logiciels fournissaient déjà un fabuleux catalogue de formes et de couleurs à partir duquel je pouvais travailler la variation d'images. C’est ce qui a nourri et orienté toutes mes recherches jusqu’à aujourd’hui…

 

J.N. : Orbites 2019 est une œuvre dans un espace public comme vous aimez en réaliser. Qu’est-ce qui différencie une œuvre ouverte à tous les publics d’une pièce dans un musée ou une collection privée ? Les concevez-vous dans le même esprit ?

 

M.C. : mes installations dans des espaces patrimoniaux, musées ou espaces publics, sont pensées et s'adaptent en fonction du lieu où elles sont présentées, en fonction du contexte local. Avec mes installations d'art numérique, je donne une nouvelle lecture du lieu et j’essaye d'instaurer un dialogue avec l'architecture.

 

Ce qui différencie l'espace public du musée, c'est le changement d'échelle. Il y a un vrai enjeu de sortir du petit écran pour passer sur une échelle monumentale.

Ce qui est intéressant, c’est d’introduire l'art là où on ne l’attend pas et de le rendre visible à des personnes qui ne vont peut-être pas dans les musées. L'œuvre permet également d'introduire de la poésie dans l'espace public et aux usagers de se réapproprier cet espace où les gens ne font que passer habituellement. L'œuvre devient un lieu de rendez-vous, un espace de convivialité.